Et au moyen âge, ça se passait comment ?

Hygiène, dérives et médecine thermale au moyen âge

On est propre au moyen âge ! On adore la douceur des bains chauds. Parfumés ou non. Et en bonne compagnie dans une même cuve, la place devient moins chère et bien plus joyeuse.

Se laver, une vieille histoire

« Quand je me laverais dans la neige,
Quand je purifierais mes mains avec du savon » Job 9 : 30 (Louis Segond)

Dans son « histoire naturelle », Pline l’Ancien (Ier siècle après J.C) traite déjà de la fabrication du savon à partir de suif et de cendres de bois macérés dans l’eau. Le suif pour le corps gras, les cendres pour la potasse. Aujourd’hui, l’huile végétale remplace souvent la graisse animale, et la potasse (ou la soude) s’achète dans un magasin. Et comme nos médiévaux, nous les parfumons : eux avec des plantes aromatiques, nous avec des produits de synthèse.

Maître savonner était un métier.

L’herbe qui fait mousser l’eau

Johann Georg Sturm (Painter: Jacob Sturm), Public domain, via Wikimedia Commons
Johann Georg Sturm (Painter: Jacob Sturm), Public domain, via Wikimedia Commons

Au moyen âge, les femmes et les hommes utilisent « la fleur à savon », non encore baptisée saponaire, qui pousse dans les milieux frais. Elle dégraisse les laines (c’est l’Herba lanaria, de Pline), maintient l’éclat des couleurs (surtout le noir, dans les monastères). De plus, elle « déterge la peau, lâche le ventre et désengorge la rate » (Dioscoride). Les Romains en mettaient dans leur bain pour lutter contre les démangeaisons.

La symbolique de l’herbe à savon

Offrir un bouquet de saponaires à un ami signifie : prends soin de toi… On peut se demander si ce n’est pas plutôt lui conseiller de se laver, de hacher menu quelques têtes fleuries, de les jeter dans une eau frissonnante non calcaire, de laisser bouillir dix minutes, et d’utiliser ce jus savonneux pour ses mains, son corps, ses cheveux et son linge.

Ah ! Quel plaisir, un bain !

Si la pratique des bains remonte à l’antiquité, elle existe toujours en ville, au moyen âge. À la fin du XIIIe siècle, à Paris, on compte vingt-six étuves, lieux d’hygiène, de sociabilité et parfois de prostitution. Les deux activités rapportent gros à leurs propriétaires : les bourgeois ou les barbiers-chirurgiens.
Là, on prend un bain seul ou à deux, dans des cuves en bois. On mange, on boit. On se fait raser de partout, épiler aussi, histoire de rendre sa peau douce et lisse. Ils ont la hantise du poil, du rugueux et de la puanteur : on parfume son corps, son haleine, et son nez… (une mauvaise odeur en sortirait).

En fin de moyen âge, chez de riches bourgeois, c’est encore plus convivial : on peut recevoir ses invités, hommes et femmes, dans des cuviers. On s’installe alors « en la baignerie » (1). Comme autrefois, Charlemagne avec son conseiller, dit-on.

Il n’y a qu’un pas vers le thermalisme

À partir du XIIIe, le bain devient en plus une pratique médicale, avec des règles strictes à respecter avant et après les eaux. « Il sert à faire sortir par les pores de la peau les matières de la troisième digestion ». Suivent au XIVe des traités en faveur du bain. Les villes, surtout en Italie, voient de suite dans cet engouement, un intérêt économique, le seigneur-propriétaire de la source, aussi. Le thermalisme médicinal se développe.

Mais dans les campagnes, ni bains ni étuves

Et alors ? Il reste les fontaines, les rivières, ou les points d’eau ou peut-être le baquet. Nous, on vit proprement au moyen âge.

Et puis tout cesse, on passe à la toilette sèche

La nudité, la promiscuité, la mixité font naître violence et délinquance dans ces lieux. Un édit de 1560 met fin aux étuves. Mais la véritable cause reste la crainte de la peste : « les bains ouvrent les pores et laissent ainsi entrer le venin de la peste ». Alors, c’est l’ère de la toilette sèche : on use d’un linge parfumé et on frotte, frotte son corps. Surtout pas d’eau !

À la Renaissance, on note donc une baisse de l’hygiène publique. Quant au « sale moyen âge », il concerne plutôt la pollution, mais c’est une autre histoire.

(1) la baignerie : lieu où l’on prend un bain, baignoire

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4 commentaires

  1. L’eau est notre bien le plus précieux Hygiène luxure … qu’Importe, elle est la vie
    Aujourd’hui nous n’avons plus droit au gaspillage: Fini la baignerie et ses festins
    Notre siècle nous permet encore la douche ! Réjouissons nous
    Quelle autre bonne habitude datant du moyen âge nous reste t il ?
    Cordialement. France

    1. Eux aussi ont connu la douche, mais je n’ai pas encore approfondi cet aspect de leur hygiène. Il me semble que c’est en fin de moyen âge, mais J’éviterai de parler de ce que je ne connais pas.En tout cas, c’est une piste à creuser, car je suis curieuse. Merci de me donner des idées :-))

  2. Toujours la religion omni présente durant tout le Moyen-Age et au-delà. Ce qui est propre est pur, l’eau purifie et renvoie au paradis dans ses nombreuses références bibliques. Ce Moyen-Age est long et les mentalités évoluent, ainsi que les modes. Il est exact qu’à partir de la fin du Moyen-Age la propreté va reculer. Cela commence-t-il après la Grande Peste de 1348 ? Je crois plutôt que le phénomène est plus tardif. Quant à la femme elle est presque par définition impure et sa fréquentation bornée par des normes régies par l’Eglise. Nous ne pouvons aborder cette époque sans risques d’anachronismes si nous n’avons pas en tête cette référence constante à l’Eglise.

    1. Vous avez entièrement raison. Je n’ai pas abordé l’impact de l’Église sur l’hygiène ou sur la femme, pour éviter une trop longue chronique, mais je vous remercie de le rappeler. C’est important à cette époque. Effectivement, pour la religion, l’eau purifie. N’oublions pas non plus, le rituel du baptême… Mais l’Église n’appréciait pas du tout les « frotti-frotta dans les cuviers » :-)), Comme vous, je situe la diminution de la propreté,non après la peste 1348, mais plus tard, au XVe. Un siècle qui a eu aussi son lot de pestiférés…

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