Et au moyen âge, ça se passait comment ?

Auberges et tavernes cachent leur jeu au Moyen Âge

Lieux d’hébergement, de débit de boisson, de jeu, de transaction, mais aussi « lieus soubsonnés » d’accueillir des individus peu recommandables…

Des auberges grâce au commerce

Valère Maxime, Dits et faits mémorables, traduction française de Simon de Hesdin et Nicolas de Gonesse<br /> Crédit BNF
Valère Maxime, Dits et faits mémorables, traduction française de Simon de Hesdin et Nicolas de Gonesse

Crédit BNF

Avant l’essor du commerce, les gens charitables et les hospices (sorte de gîte d’étape appartenant à un monastère) offrent volontiers le lit et le couvert aux voyageurs. Puis, les affaires se développent et la nuitée du passant devient payante.
Signalées par des enseignes, les auberges et leurs étables (1) naissent et se concentrent près des portes des villes, le long des grandes voies de circulation.
Marchands, artisans…, tous arrivent de préférence avant le coucher du soleil, car l’obscurité est effrayante, redoutable dans l’esprit des médiévaux, nourri de légendes et de croyances.

Les chambres aux surprises

Elles n’ont pas de numéros, mais des noms, par exemple : « la chambre du lit neuf ».
Et chacune d’entre elles est meublée de plusieurs lits à deux ou trois personnes.
Ainsi, les voyageurs ne savent pas toujours avec qui ils vont se coucher.

C’est la surprise…

L’aubergiste multiservice

Il est garant des étrangers qu’il héberge et doit répondre d’eux, en cas de contrôle. En effet, sa maison peut évoluer, le temps d’une soirée, en une salle de transactions, de faussaires ou de trafiquants… Ainsi, les sergents et les représentants de divers corps de métier peuvent débarquer.
Et si l’aubergiste aide les marchands à trouver des acheteurs ou des vendeurs, il devient alors responsable de leurs dettes.
Puis, comme il n’est pas certain d’être toujours complet,
il exerce souvent une autre profession : boulanger, maçon, couvreur…

Peinture à la craie de l’église Risinge Östergötland, premier quart du XVe siècle

C’est combien la nuit ?

Le prix varie selon les régions et l’époque. Les archives nous apprennent qu’au XIVe siècle dans la région de Chambéry, les maîtres-maçon, ou charpentier perçoivent trois deniers-gros par jour, et un manœuvre un denier et demi, alors qu’un pot de vin en ville vaut un denier-gros et une nuit d’auberge avec repas du soir deux deniers-gros…

En raison de leur salaire, de nombreux voyageurs demandent alors l’hospitalité chez leurs amis ou parents ou bien dans les monastères.

Les tavernes et leurs enseignes

En 1245, l’évêque Jacques de Vitry stigmatise ses fidèles qu’il montre, le dimanche, plus enclins à fréquenter la taverne que l’office. Mais le discours n’émeut pas les ouailles et les tavernes prolifèrent. À Paris, au XVe siècle, on en comptera près de deux cents.
Elles se signalent par des enseignes peintes ou sculptées. Enseignes qui servent également de repères dans une ville, car les numéros de rue n’existent pas.
Enseignes de la couronne, du loup, du lion… Mais aussi de Trousse-vache ou de Mère Dieu Grosse…

La taverne, une salle de jeu

« (…) le jeu leur met la tripe en feu,
Les dessèche et leur donne soif (…)
Mais à la table des joueurs,
On oublie bien d’aller dormir (…)
Or on est arrivé si bas
Que gens de bien, nobles, prélats
S’assoient près des garçons d’étuves (…) » (2)

Au bas Moyen Âge, chaque joueur apporte ses propres dés, puis aidées par la boisson, les parties s’animent vite (3), même si l’église interdit les jeux de hasard et d’argent. (4)

La taverne, un lieu social

crédit BNF

Pendant que certains boivent et jouent, d’autres partagent, propagent les nouvelles. D’autres encore signent des contrats, négocient… Et plus discrètement, ont lieu des changes et des prêts.
Les portes restent ouvertes bien tard, malgré les fréquentes interdictions de servir du vin la nuit tombée. Alors, beuverie et jeu entraînent les bagarres agrémentées de jurons genre : « ord vil merdos » (5) à quoi l’autre pourrait répondre : « vay te chiar en ta gorge ! ».

Dans son temps, saint Louis a fermé et vidé de force les tavernes à Paris le soir. Mais là, au bas Moyen Âge, avec l’essor de l’université et les bandes de jeunes gars, lâchés après huit heures de cours, même pas la peine d’essayer.

Tavernier, verse sans tricher !

La plupart des métiers disposent d’un matériel de pesée adapté à l’usage local. Mais, les mesures varient selon les régions et les époques.
Au premier tiers du XIVe, la mesure parisienne (6) donne pour une pinte une contenance de : 1,014 litre et pour une chopine, 0,507 litre. (7)
L’aubergiste se sert de ces mesures pour vendre son vin.
Gare à celui qui triche sur le volume versé.

British Library
British Library

NOTES

(1) on parle d’étable, même pour les chevaux . Le mot écurie apparaît plus tardivement.
(2) poème 77 de Sébastien Brant, la Nef des fous (fin XVe)
(3) on joue aussi aux cartes à partir de la seconde moitié du XIVe. Et la grande ville de fabrication de jeux de cartes en France, à cette époque, aurait été Lyon.
(4) voir l’article : les échecs amoureux
(5) sale vil merdeux…. Les allusions à l’ordure sont légion dans le vocabulaire du juron. L’allusion à la défécation, fréquente (conchié, chié, estron de chien, merdeux..) On trouve ces injures dans les registres judiciaires. Et certaines sont très croustillantes.
(6) d’après les calculs du mathématicien-astronome Jean des Murs. Ce personnage intervient dans le roman : Protestatio.
(7).« Les mesures du vin en France aux XIIIe et XIVe siècles d’après les mémoriaux de la Chambre des comptes de Paris.» Pierre Portet

DES PERSONNAGES malhonnêtes et CÉLÈBRES

1) Un aubergiste Philippe Gillier, poitevin du XIVe, devient l’intendant du roi Jean, puis sous Charles V et malgré ses malversations financières, trésorier, directeur général des douanes….

2) Robert de Lorris, fils de tavernier, ambitieux, complotiste, et prêt à tout pour grimper les échelons de la société, devient conseiller du roi. Ce personnage réel entre en scène dans le roman Protestatio

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4 commentaires

  1. La législation concernant ces lieux est complexe et sans doute très difficile à appliquer, comme celle de bien d’autres corps de métier du reste. C’est édifiant à lire, parfois comique pour nos mentalités actuelles.

    1. Vous avez raison de dire que la législation de ces lieux est complexe. Surtout qu’elle varie selon l’époque et la région. Il faudrait traiter le sujet dans chaque région… Vindieu !… En tout cas, je vous remercie pour votre commentaire et suis ravie de vous avoir fait sourire.

  2. Lamarche Monique a dit :

    Tous ces articles sont passionnants, très instructifs et admirablement illustrés. J’ai trouvé les trois tomes de « La légende de Jean l’effrayé » captivants, vraiment remarquables, Bravo !
    A lire absolument !

    1. oh! un grand merci pour ce commentaire qui ne peut que m’encourager à continuer d’écrire et à partager mes connaissances. Encore merci.

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