Et au moyen âge, ça se passait comment ?

Que chante-t-on au moyen âge ?

Des chansons, des danses… Une école de création musicale…Le moyen âge aime la musique… Puis,  les chants profanes se mettent à égayer la ville et la campagne. Même les moines chantent et dansent des rondes sautées…

D’abord, pas question d’impro !

Jusqu’au IXe siècle, la musique célèbre surtout Dieu. Dans les monastères, elle permet de dialoguer avec le Seigneur et de mémoriser les textes latins de la messe. Les moines se transmettent de bouche à oreille les sons, puis entonnent ensemble la même mélodie. Sans accompagnement instrumental. (1)

Par contre, le pape Grégoire le grand (VIe siècle) trouve l’alléluia trop jubilatoire et festif. Il juge cette acclamation de joie indigne de la fonction de diacre et la leur interdit.

L’alléluia, à l’origine de nos chansons…

Mais tous aiment l’alléluia (2). Et les moines se plaisent à l’agrémenter de longues vocalises. Puis au Xe, dans deux abbayes (une à Limoges, l’autre en suisse), les religieux placent des paroles, non extraites de la bible, sur ces vocalises, à raison d’une syllabe par note.
C’est le premier pas vers une créativité poétique et musicale. Les ecclésiastiques s’émancipent de la mélodie grégorienne (3).

Le répertoire s’élargit…

Aux XIIe et XIIIe siècles, la musique est enseignée dans les collèges de l’université, et on y parle de Pythagore (4). Puis, pour la première fois, un lieu de création musicale émerge : l’école dite de Notre-Dame, mais elle est réservée aux ecclésiastiques.

Se développe alors un nouveau style, une expression musicale mesurée… que l’on appelle aujourd’hui l’Ars antiqua. Les instruments de musique accompagnent les chants et prennent une place de plus en plus importante (vièle, orgue portatif, percussions…).


Medieval painting of guitarra latina (left) and guitarra morisca (right) from the Cantigas de Santa Maria (13th. century)

 

La noble chanson profane…

En France, dès le XIIe, des poètes-musiciens naissent : les troubadours au sud, puis les trouvères, dans le nord (musique plus enjouée). Ils écrivent et interprètent eux-mêmes des poésies lyriques pour les seigneurs. Des textes chantés sur l’amour sublimé, spiritualisé, adressés à une dame imaginaire ou non.

britishilibrary-music-medieval

De cet « amour courtois » à l’ésotérisme, il n’y a qu’un pas. Effectué par la confrérie des Fedeli d’Amore dont fait partie le célèbre Dante. (5)

Même Richard cœur de lion se met à composer lors de sa captivité :
« Jamais nul homme pris ne dira sa pensée
Adroitement, sinon sans douleur,
Mais avec efforts, il pourra faire une chanson… » (6)

… et le chant du peuple

En langue vernaculaire (du pays), les chansons populaires, à strophes et à refrain accompagnent les actes de la vie quotidienne. Elles sont joyeuses et souvent associées aux danses.(7)

Dans les foires, marchés et pendant les jours de fête, les jongleurs (artistes de rue) interprètent, improvisent  ou mettent leurs paroles sur des œuvres liturgiques. Par exemple sur les premières notes d’un Dies irae (chant utilisé pour les messes d’enterrement), ils ont écrit :

J’ai vu le loup, le renard, le lièvre,
J’ai vu le loup, le renard danser…

Oui, le peuple chante et danse sur des airs que vièlent ces musiciens itinérants, ou sur des rondes chantées par les danseurs eux-mêmes : les caroles et les estampies. Car :
« Chant sans carole est comme vide parole » disait-on, en l’an 1300.

danse médiévale

Surtout entre deux solstices

La campagne danse jusque dans les églises et dans leur voisinage, enfreint les interdits de la hiérarchie religieuse suspectant l’immoralité ou le paganisme. Et encore plus pendant les fêtes qui se déroulent entre les solstices d’hiver et d’été : «au firmament monte le soleil, la lumière, le symbole de l’esprit divin ».

Et quand des jongleurs sortent leurs tréteaux, le peuple accourt. « le jeu de Marion et Robin », première comédie musicale remporte un franc succès : un chevalier veut séduire une bergère qui, par la ruse, va s’en débarrasser. (8)

Dans les monastères, on saute…

Dès le Xie, les Bénédictins encouragent la dévotion populaire. Mais le registre pieux et musical n’est plus destiné aux offices, mais surtout à la vierge Marie, comme à l’abbaye catalane de Montserrat. Là, dès l’arrivée des pèlerins , les moines les prennent en charge. Ils se donnent alors tous la main et chantent, dansent des caroles. Mais aussi des rondes plus vives, sautées à trois temps, accompagnées de la vièle d’un jongleur.

« Stella splendens » from the Llibre Vermell de Montserrat.
Crédit:http://www.cervantesvirtual.com/servlet/SirveObras/08140629733581728654480/ima0047.htm, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1586133

L’ars nova, la musique nouvelle, fait trembler le pape

Au XIVe, apparaît une musique polyphonique avec un rythme binaire et une notation nouvelle… que le pape Jean XXII ne supporte pas. Et d’autant moins que les chantres gesticulent en l’interprétant. Des mouvements de corps, de bras et de mains accompagnent leurs paroles. C’est une honte ! Dans sa décrétale, La Docta Sanctorum Patrum, il interdit cette musique dans les églises. Mais hors des sanctuaires, on n’entend plus qu’elle…

Selon certains mystiques, les compositeurs de l’Ars nova utiliseraient le nombre d’or dans leur agencement musico-verbal.
Qui sait ?

 

NOTES

(1) C’est le plain-chant (planus signifie égal), une monodie religieuse. Le chant grégorien dit authentique est celui du VIIIe-IXe siècle. Et ce n’est que dans la seconde moitié du IXe qu’apparaissent les premières notations musicales sous forme d’accents, points et traits, placés au-dessus des paroles chantées.
(2) l’alléluia est la forme latine altérée du texte hébraïque : louez Yahvé.
(3) On peut dire qu’ils ont inventé la voie principale des futures polyphonies. Mais, le concile de Trente rejettera de la liturgie cette invention.
(4) la musique est enseignée dans le cycle des mathématiques (le quadrivium) avec l’astronomie, l’algèbre et l’arithmétique.
(5) Dante : il la cite dans « la vita nova »

(6) extrait de la complainte du prisonnier.
(7) Les chansons profanes ne sont pas écrites en latin, excepté ce que l’on appelle aujourd’hui le « Carmina Burana », rendu célèbre par Carl Orff.
(8) Pièce d’Adam de la halle, trouvère d’Arras, auteur de ses compositions à trois voix. « Marotte (Marion) et Robin » prend vie dans le cercle du treize.

POUR ALLER PLUS LOIN :

Au XIe siècle, on attribue au moine Guido d’Arezzo l’invention, entre autres, de la portée musicale et du nom des notes de notre solfège, à partir des premières lettres d’un hymne dont chaque phrase se chante plus haut que la précédente.
UT queant lapsis (UT est synonyme de DO)
REsonare fibris
MIra gestorum
FAmuli tuorum
SOLve polluti
LAbii reatum
Sancte Johannes

Exemple de deux poètes musiciens célèbres :

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Photo de Une : British Library

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5 commentaires

  1. Monique+Lamarche a dit :

    Très beaux textes passionnants et instructifs sur la musique du Moyen Âge ! Bravo et merci !

  2. Monique+Lamarche a dit :

    Très beaux textes passionnants et instructifs sur la musique du Moyen Âge ! Bravo et merci ! agrémentés de magnifiques illustrations très parlantes !

  3. Dov Gedi a dit :

    Plaisir renouvelle de vous lire.merci.en attendant de vous lire .
    Cordialement dov

  4. Catherine a dit :

    Toujours aussi intéressant, Sylvie. Merci de nous instruire de si agréable manière. J’en profite pour dire que je viens de terminer « Le cercle du Treize » que j’ai dévoré avec délectation.
    Aurons-nous la chance de lire un jour les aventures des jeunes Jehan et Raoul ?

    1. Qui sait ? En voilà une bonne idée :-))
      mais à ce jour, je suis sur un tout autre roman

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