Et au moyen âge, ça se passait comment ?

Au Moyen Âge, la citadine et la paysanne s’émancipent

Au XIIe siècle, clercs et littérateurs parlent encore de la supériorité de l’homme sur la femme.  Mais avec l’essor des villes et du commerce, la femme va réagir et s’affranchir. Même une féministe  saura s’imposer…

Attention, une femme !

Sous les calames des clercs, la femme devient l’être inférieur qui incite au péché. Selon saint Thomas d’Aquin, elle est le résultat d’une déficience et l’homme intellectuellement plus doué doit la dominer. On peut continuer avec Odon de Cluny pour qui le corps féminin ne renferme que pourriture…

Au XIIIe, « un franciscain de la cour pontificale dresse même un catalogue de cent deux vices et méfaits de la femme », sans parler d’un juriste qui présente la femme comme un objet imparfait (…), à l’origine des discordes et de tous les crimes… » (1)

Bibliothèque Sainte-Geneviève MS.1126 « Roman de la Rose »

La première féministe

C’est surtout au XIVe-XVe que les filles, épouses ou veuves acquièrent leur liberté. (2)

À la mort de son mari, Christine de Pizan devient une femme de lettres, renommée même auprès de la cour du roi. Elle en profite pour écrire sur les femmes et dénoncer les textes sexistes de ses contemporains.
Son œuvre nous éclaire un peu sur la vie à cette époque.

« LA » femme médiévale n’existe pas

Mais vivent, chacune à leur façon et fort différemment, l’urbaine et la rurale; la nordiste et la sudiste;  l’aristocrate, la bourgeoise (artisane, marchande) et la marginale; l’épouse, la veuve et la vierge; la nonne et la béguine…

Le but premier reste le mariage

L’union devient très codifiée à partir de 1215 (concile de Latran). Et même si devant Dieu, la femme est l’égale de l’homme (3), ce dernier tente toujours de lui imposer l’obéissance et la soumission.
Toutefois au XIIIe, avec l’essor des villes et du commerce, la société se met à valoriser les activités manuelles. Les femmes acquièrent alors un rôle fondamental dans l’économie du foyer, et petit à petit s’émancipent par leur travail.

British Library

Pas de dot, pas de mariage

Dans une famille aisée, la jeune fille ne se soucie de rien. Par contre, dans les autres cas, elle s’en préoccupe dès ses 12 ans, âge de sa majorité. Elle la constitue soit au cours de son apprentissage, soit en faisant appel à des organismes de charité pour « filles à marier » (surtout dans le Sud) ou à un bienfaiteur.

Comme la coutume exige une dot avant l’union, elle se marie rarement avant ses vingt ans.

Le Nord moins misogyne que le Sud

À la campagne ou à la ville, dans la ferme ou dans l’échoppe qui représente le centre économique, mari et femme se partagent désormais le travail et gèrent leurs biens.

Dans le Nord,  dès les fiançailles, les « notaires » indiquent le nom de la jeune fille sur les documents administratifs, car elle participe déjà aux contrats de son futur conjoint. En Picardie, elle possèdera la moitié du patrimoine du couple. De plus, au XIIIe, l’homme doit constituer un douaire (4) qui sera versé à sa veuve, s’il décède.

Par contre, dans le Sud, l’épouse semblerait plus confinée dans les tâches domestiques.

Aucune profession ne leur est interdite

Elles peuvent même être maçonnes, forgeronnes, tavernières ou « chevaleresses », Mais l’Université française leur est encore  fermée(5).

Peterborough Psalter, Siege of the Castle of Love, 14thC. Women armed with flowers defend the castle against knights.

Comme l’industrie textile explose à partir du XIIe siècle, la mécanisation croît. Beaucoup d’ouvrières œuvrant dans ce domaine  se concentrent alors dans le tissage et le filage.  Et les métiers de la soie ne sont que féminins.

Les soignantes, les enseignantes et les artistes

À Paris, entre 1250 et 1300, vivent six chirurgiennes (6), sans avoir suivi de cours ! En France, l’Université leur est fermée, mais elles enseignent.

Woman teaching geometry ». It comes from an early 14th century translation of Euclid.

Partout, les ventrières  et les soignantes ne chôment pas (7), car l’homme-médecin, contrairement à la femme, ne touche pas le malade. (8)

Toutefois, au cours des XIVe et XVe, elles disparaîtront peu à peu du corps médical, devenant même un jour, des « sorcières » aux yeux de l’inquisition.

Dans le domaine de l’art, les archives nous révèlent des « enlumineresses », des « orfaveresses » et des peintres (9)

British Library

Leur place dans le monde du travail devient indiscutable

À la campagne, les paysannes participent à tous les travaux des champs, excepté les semailles : la terre étant « femme », seul l’homme peut l’ensemencer. Elles gardent aussi les troupeaux, barattent le beurre, fabriquent le fromage… et partent en ville vendre leurs produits. (10)

Une même complémentarité se retrouve en milieu urbain, dans les échoppes. Artisanes elles-mêmes ou épouses d’artisan, elles ont le statut de maîtresse. Par conséquent, elles dirigent les apprentis et gèrent la comptabilité. Elles savent donc écrire et compter. (11)

Pour les domestiques , mieux vaut vivre dans le Nord

Leur travail varie selon les régions.

« Dans le Sud, la frontière avec l’esclavage apparaît tenue. Les ports, comme Barcelone ou Gênes, entretiennent une traite des Blanches et des Orientales qui servent dans les maisons des marchands et dans les bordels » (12)

Restent les lois écrites par les hommes

Elles diffèrent, selon la région :
Dans les Flandres, le mari a le droit de corriger son épouse, mais sans que mort s’en suive. Il peut même « se réchauffer les pieds dans son sang » (12). Idem en Picardie, mais sans effusion de sang.

 

Terminons en notant que selon la théorie d’Hippocrate et de Galien, théorie des humeurs, la femme est un être chaud, mou et humide. Elle ne peut donc être que faible…

 

NOTES

(1) la femme, Jean Verdon.
(2) Émanciper vient du latin médiéval, emancipare, affranchir de l’autorité paternelle.
(3) « (…) il n’y a plus ni homme ni femme ; car vous tous, vous êtes un en Jésus. » Galates 3.28 (Louis Segond).
(4) Douaire : Droit d’usufruit sur ses biens qu’un mari assignait à sa femme par son mariage et dont elle jouissait si elle lui survivait.
(5) D’après le livre des métiers d’Étienne Boileau (XIIIe siècle).
(6) Thèse de Julie Pilorget. À cette époque en France,  leur savoir se transmet oralement ou s’apprend dans d’autres pays.
(7) ventrière = sage-femme.
(8) Voir sur ce blog : Trotula de Salerne, la première gynécologue.
(9) Thèse de Julie Pilorget.
(10) La vie de la femme à la campagne est développée, ainsi qu’une cérémonie de mariage, dans le Cercle du Treize.
(11) Les contrats d’apprentissage des XIVe et XVe siècles montrent que les jeunes doivent obéir au maître autant qu’à la maîtresse.
(12) Thèse de Julie Pilorget.
(13) Thèse de Julie Pilorget.

 

POUR ALLER PLUS LOIN

Nous continuerons dans le prochain article avec l’érotisme au Moyen Âge….

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2 commentaires

  1. HÉLÈNE+BOUNIOL a dit :

    Au moyen Age et pendant encore beaucoup de temps , la majorité de la population ne sait ni lire ni écrire . Cela est quantitativement plus important chez les femmes , je crois même dans la noblesse

    1. C’est vrai pour la majorité du peuple citadin ou urbain, mais il ne faut pas oublier qu’à partir du XIII, le moyen age, appelé « bas moyen age » ( mon époque de prédilection) se distingue beaucoup des précédents, car le monde a changé, évolué. Qans ce bas-moyen age, les artisans et marchands ( au moins ceux des villes) savent bien compter et écrire leurs recettes. Les archives nous le dévoilent. Hors Paris, et plus généralement hors France, des « écoles s’ouvrent aux laïcs, voire même aux femmes…

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